Comme tous les Français, les médecins sont concernés par l’accélération du calendrier de l’allongement de la durée de cotisation – 172 trimestres pour tous dès 2027 – et par le relèvement de 62 à 64 ans de l’âge légal de départ, prévus dans le projet de loi de réforme des retraites annoncé par la Première ministre mardi soir.

Du moins en théorie car, en pratique, les médecins partent tardivement à la retraite. Selon les chiffres de la Caisse autonome de retraite des médecins de France (Carmf), en 2021, les médecins libéraux ont pris leur retraite en moyenne à 66,3 ans (66,57 ans pour les hommes et 65,69 ans pour les femmes). Pour les PH, selon les données du centre national de gestion (CNG) de janvier 2022, l’âge moyen de départ à la retraite toutes disciplines confondues est 65,8 ans (contre 65,3 ans 2020). Il varie selon les disciplines de 64,6 ans pour la pharmacie à 66,5 ans pour la chirurgie. Chez les PU-PH enfin, l’âge de départ moyen à la retraite monte même à 66,7 ans, selon le syndicat des hospitalo-universitaires (SHU). Autant de données qui relativisent l’impact réel de la réforme pour le corps médical. 

Attractivité, pénibilité

Les représentants des médecins ont toutefois été reçus jeudi dernier par le ministre de la Santé, François Braun, pour « un temps d’échange » dans la perspective de la réforme des retraites. Une réunion où les syndicats de PH ont fait valoir qu’une amélioration de la retraite serait un levier d’attractivité pour la profession.

« Les PH partent à la retraite entre 65 et 66 ans, bien plus tard que la majorité de nos concitoyens car nous commençons notre carrière avec un décalage de quelques années »

Dr Jean-François Cibien, président d’Action praticiens hôpital (APH), satisfait d’avoir pu évoquer avec le ministre ce sujet resté en jachère depuis la réforme Touraine de 2014.

« À la suite des annonces de la Première ministre, il va y avoir des groupes de travail pour analyser les impacts de la réforme et écrire une feuille de route dont l’objectif est que la retraite soit un levier d’attractivité », rapporte-t-il.

Des primes exclues du calcul

Parmi les pistes sur la table, selon APH : l’intégration de la pénibilité des gardes et des astreintes dans le calcul des retraites, sous des modalités à définir. 

« Nous avons aussi insisté sur la nécessité de l’accompagnement des fins de carrière hospitalière, ajoute-t-il. Demander à un PH de 60 ans de faire jusqu’à dix gardes par mois, ce n’est plus possible ».

« Nous ne sommes pas vraiment concernés par les mesures d’âge du projet de réforme des retraites, en revanche, nous aimerions que la concertation qui s’annonce puisse porter sur des sujets comme la prolongation d’activité, le cumul emploi-retraite. Ce serait des éléments d’attractivité supplémentaires pour que les jeunes choisissent la carrière de PH ». 

Dr Rachel Bocher, présidente de l’Intersyndicat des praticiens hospitaliers (INPH).

L’INPH plaide pour que soient davantage prises en compte les différentes primes existantes – prime de liaisons, primes territoriales – qui ne comptent aujourd’hui pour rien dans le calcul des retraites hospitalières.

Vers une réforme de la retraite des HU

Mais ce sont surtout les hospitalo-universitaires qui pourraient, à terme, sortir gagnants de la réforme. Le ministère a en effet ouvert clairement une porte vers la refonte du mode de calcul de leur pension, une très ancienne revendication.

Fonctionnaires d’État, les PU-PH et les MCU-PH voient leurs émoluments hospitaliers « considérés comme une « rémunération accessoire » qui n’est donc pas soumise à cotisation et n’ouvre pas droit à une pension de retraite », explique le Syndicat des hospitalo-universitaires (SHU). À la clé, des taux de remplacement de revenus à la retraite parmi les plus bas du corps médical et de la fonction publique : un PU-PH faisant valoir ses droits à la retraite à 68 ans à taux plein touche à peine l’équivalent du tiers de sa dernière rémunération d’activité…

 « tout le monde est convenu, de façon assez unanime, qu’il y avait un travail à faire pour l’amélioration des retraites des hospitalo-universitaires, car c’est une anomalie qui date des années 60 qui n’a jamais été réellement corrigée ». 

se réjouit le Pr Guillaume Captier, président du SHU,

Pour l’heure, aucune précision, ni objectif, ni calendrier n’ont été fixés par les pouvoirs publics, mais le SHU veut croire que « cela va déboucher sur de vraies négociations et que ce n’était pas juste une annonce pour nous rassurer », avance le Pr Captier.

Les libéraux gardent la Carmf, leur caisse autonome

Cette fois, la Carmf sauve sa peau ! La Première ministre a annoncé que les régimes autonomes des professions libérales – qui ne sont pas des régimes spéciaux, eux supprimés – sont maintenus, alors que le projet de loi de système universel de 2019 prévoyait leur disparition de fait, au grand dam de la profession.

Les PH souhaitent, de leur côté, être mieux représentés au sein de l’Ircantec, la caisse de retraite complémentaire publique (pour les agents contractuels de droit public). Alors que leurs cotisations représentent 15 % des fonds, ils ne disposent que « d’un strapontin, en tant que personne qualifiée », déplore APH.

source : le quotidien du médecin

https://www.lequotidiendumedecin.fr/liberal/retraites/reforme-des-retraites-pourquoi-les-medecins-ne-devraient-pas-etre-penalises#:~:text=Comme%20tous%20les%20Fran%C3%A7ais%2C%20les,annonc%C3%A9%20par%20la%20Premi%C3%A8re%20ministre
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