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« Bâclée », “chaotique”, “ratée”… En 2020, les adjectifs ont manqué aux étudiants et syndicats pour qualifier la nouvelle réforme du premier cycle des études de santé, mise en place en pleine crise du Covid. Si le Doyen des doyens a reconnu que la suppression de la Paces avait “probablement pas été assez bien préparé pour le changement que cela représentait », aucune amélioration n’a pourtant été constatée cette année par le Collectif national Pass/LAS, qui rassemble des étudiants candidats à médecine et leurs parents. Emmanuel Voiment, membre du collectif et père d’une étudiante en LAS 2 en Normandie alerte aujourd’hui sur la perte de chance qu’engendrent les mauvais réglages de la réforme et sur le phénomène d’abandon des jeunes, “lessivés” par deux ans d’opacité de fonctionnement de leurs facultés.

Egora.fr : La deuxième année de la réforme du premier cycle des études de santé (R1C) touche à sa fin. Mise en place l’an dernier, en pleine crise Covid, elle a été qualifiée de “réforme bâclée » par les étudiants. Où en est-on aujourd’hui ? 

Emmanuel Voiment : Baclée, on pourrait encore le dire ! Les problèmes soulevés l’an dernier sont encore valables. Ces problèmes, quels sont-ils ? Le manque de communication des facultés de médecine envers les étudiants, l’opacité de leur fonctionnement, du nombre de places réellement ouvertes en deuxième année, la répartition exacte des filières Pass* et LAS** (qui remplacent l’ancienne Paces, ndlr) en deuxième année de médecine qui ne correspond pas à ce qu’il y a dans la loi. Nous déplorons également le fait que les étudiants n’aient pas de visibilité sur leur classement durant l’année et qu’ils ne sachent pas où ils se situent en terme de niveau pour atteindre médecine, par rapport à leurs camarades, et s’ils doivent s’améliorer ou non. 

 

Aucune leçon n’a donc été tirée depuis tout ce temps ?

On a malheureusement l’impression que non, en particulier pour le concours de fin d’année. On nous dit qu’il n’y a plus de concours… mais la réalité est tout autre. Le vrai problème de la R1C, c’est qu’on essaie de cumuler deux choses à la fois. D’abord, un parcours dans un système universitaire qu’on pourrait qualifier de “normal” (droit, économie, langues, sciences…) où il faut atteindre 10 de moyenne. C’est le cas pour l’option mineure des étudiants en Pass ou de la majeure pour les étudiants en LAS. Mais à côté de ça, il faut avoir les meilleures notes possibles en santé car il y a un classement à la fin de l’année… Et sur ce point, les jeunes de LAS sont tous à l’aveugle. Il n’est pas naturel en effet, pour les facultés de droit ou de physique-chimie par exemple, de réaliser des classements. Elles fonctionnent sur le principe de notes qui se compensent les unes et les autres, avec une moyenne. Sauf que les étudiants sont coincés, ils ont besoin de ce classement pour déterminer leur orientation vers médecine, sage-femme, odontologie, pharmacie ou kiné. 

Vous vous opposez donc à la réforme telle qu’elle a été conçue ?

Oui. Le double cursus est l’un des points noirs de la réforme. Les études de médecine sont suffisamment difficiles avec un seul cursus, alors deux… En plus de cela, les étudiants ne savent pas comment se positionner entre leurs différentes filières. Les facultés ne communiquent pas entre elles. Cela est entièrement dû à l’impréparation de la réforme, que nous dénonçons depuis le début. Le nouveau Doyen des doyens, le Pr Didier Samuel, a d’ailleurs lui-même reconnu qu’il fallait des améliorations dans la réforme.

Quelles devraient être les améliorations prioritaires de la R1C selon vous ?

D’abord, que les facultés communiquent avec les étudiants et s’organisent entre elles. Ensuite, nous demandons à mettre en place un cadrage national de la R1C, même si les universités sont autonomes. Frédérique Vidal, qui était ministre de l’Enseignement supérieur au moment de sa mise en place, l’avait promis mais n’a rien fait en ce sens.

Enfin, il faut absolument que les parcours soient harmonisés. Je m’explique : aujourd’hui, on a deux parcours, la Pass et la LAS, qui ne donnent pas les mêmes chances aux étudiants car ils n’ont pas le même niveau à la fin de l’année. Je pense surtout à ceux qui sont en LAS, qui se retrouvent complètement perdus quand ils arrivent en deuxième année de médecine car ils n’ont pas le niveau de ceux qui étaient en Pass et qui ont plus travaillé leur cursus santé. Sur le papier, la première année de LAS (LAS 1) est une année où on découvre la mineure santé et elle permet ensuite éventuellement de poursuivre en médecine en la transformant en majeur. Ce qui nous alerte aussi depuis la rentrée de septembre, c’est qu’on donne autant de places aux LAS 1 qu’aux LAS 2 en médecine alors qu’il y a en deuxième année de LAS, des étudiants plus aguerris, mieux formés à la santé, ou qui ont éventuellement déjà fait une Pass.

En quoi la réforme de la Paces a-t-elle des conséquences sur l’égalité des chances des candidats à médecine ? 

Le problème, c’est que la réforme entrave le cursus de bons étudiants en santé. L’an dernier, 30% des inscrits en Pass n’ont pas validé leur majeure. Ils ont aussi parfois été ajournés à cause de la mineure, alors que ce cursus “d’option” est censé être un atout pour la poursuite des études. Tant qu’on aura ce double cursus et que le fonctionnement ne sera pas mieux rodé, on aura toujours des étudiants défavorisés. La preuve de l’échec de cette réforme, à nos yeux, c’est que très peu de jeunes ont décidé de tenter leur deuxième chance en LAS 2. Beaucoup sont partis à l’étranger ou ont abandonné le projet de faire médecine. A Clermont-Ferrand, sur les 28 étudiants de LAS 1 passés en deuxième année, tous passent leurs examens en rattrapage cette année. Ils n’ont pas le niveau, ils ont été mis en difficulté alors qu’ils sont pourtant bons élèves. Pour eux, c’est ingérable. C’est comme si on mettait un amateur avec un professionnel. 

On relève aussi un autre problème à cause de Parcoursup*** : les bacheliers n’ont pas toujours les vœux qu’ils souhaitent dans l’enseignement supérieur et se retrouvent parfois affectés par défaut en LAS avec une mineure qui ne leur correspond pas forcément. Enfin, il ne faut pas négliger les conséquences de la réforme du baccalauréat, qui prévoit désormais que les lycéens ne prennent que deux spécialités parmi les mathématiques, les sciences de la vie de la terre et la physique-chimie. En médecine, ils ont les trois et donc forcément des lacunes à rattraper. 

Y a-t-il plus d’abandons en Pass et en LAS qu’il n’y en avait en Paces ? 

Oui, nous estimons que le taux d’abandon est deux fois supérieur à celui observé avec la Paces. L’an dernier, au niveau des Pass, il y a eu seulement 20 % de réussite au concours pour la deuxième année de médecine. Plus de la moitié du nombre total de jeunes qui se sont inscrits en Pass l’an dernier ont disparu des radars. C’est énorme.

Vous dénoncez aussi une illégalité dans la répartition des places en deuxième année entre les Pass et les LAS dans plusieurs villes ? 

Oui, à Limoges, Saint-Étienne, Lyon et Bordeaux notamment. Normalement, l’arrêté du 4 novembre 2019 relatif à l’accès aux formations de médecine, de pharmacie, d’odontologie et de maïeutique précise qu’au moins 30% des capacités d’accueil totales doivent être réservées aux étudiants ayant validé au moins 120 crédits ECTS, donc cela concerne les LAS 2. Ca, c’est le cadre légal… mais, si je prends le cas spécifique de Saint-Etienne, la faculté a fait le choix de n’accorder que 7 % des places en médecine aux étudiants de cette filière. Au total, ils sont 61 étudiants en LAS et il y a normalement 16 places. Le motif invoqué par l’université, c’est qu’il y a peu d’étudiants inscrits en LAS 2 toutes options confondues et que cela justifie de leur donner moins de places que prévu par la loi. Bien sûr, on ne dit pas que tous les LAS doivent faire médecine. Mais, s’il y a 61, 100, ou 200 étudiants, ils doivent pouvoir bénéficier des 30 % de places promises par les textes. Pourquoi a-t-on peu d’étudiants en LAS 2 à votre avis ? Car les étudiants ne croient plus à la réforme. Les universités en profitent donc, comme elles ont moins d’inscrits, au lieu de garder le même pourcentage, elles le réduisent. 

Votre collectif dénonce plusieurs irrégularités lors des examens pendant cette année universitaire. La dernière en date s’est déroulée à Toulouse. Que s’est-il passé exactement ? 

150 étudiants toulousains en Pass option droit se sont retrouvés, lors de leurs examens, avec un sujet qui était à 90% identique à celui de l’an dernier. Résultat, la majorité des étudiants, qui avait révisé avec les annales, ont eu d’excellentes notes, comme des 19/20. De plus, ils ont pu se placer librement dans la salle et les surveillants sont restés en bas de l’amphi et ne sont pas passés dans les rangs… ce qui a permis des échanges de brouillons et à certains d’utiliser leurs téléphones. Sauf que les autres étudiants en Pass, qui avaient une spécialité différente, n’ont pas eu d’examen aussi facile pour leur mineure. Quand le reste de la promotion a appris ça, ils ont estimé que ce n’était pas normal et qu’il y a eu une inégalité. A titre de comparaison, dans l’option mécanique par exemple, la moyenne aux partiels était de 9/20. Toutes les Pass avec une mineure science ont eu des très mauvaises notes. Tous les résultats comptent pourtant dans le classement pour accéder à médecine…

Il y a aussi eu des problèmes de notes éliminatoires…

Effectivement, il y a eu ce souci l’an dernier et cela continue cette année. Nous sommes déjà montés au créneau. A Toulouse, au mois de janvier, 700 étudiants sur 1.200 ont été mis hors course à l’issue des partiels à cause d’une note “éliminatoire” sur une unité d’enseignement de santé. Ils ne peuvent même pas postuler à une LAS 2 comme la note est éliminatoire. Ils vont donc terminer leur année en validant leur mineure et pourront éventuellement continuer dans cette voie. Ce cas de figure est également valable à Bordeaux.

Le mois dernier, 49 étudiants en Pass de l’Université de Paris, qui avaient injustement été recalés de médecine l’an dernier à cause d’un oral, ont obtenu gain de cause en justice après de longues procédures et vont finalement pouvoir repasser leur épreuve ce mois-ci et possiblement intégrer médecine. Vous appelez pourtant à ne pas s’emballer. Pourquoi ?

Avant tout, je voudrais souligner le cynisme de la faculté de médecine de Paris. Ils vont faire repasser un oral à 49 étudiants mais ce qu’on craint, c’est que cela se fasse au détriment d’étudiants de première année de cette année, qui se retrouveront avec des places au moins. Plus largement, ce que nous craignons aussi, c’est que les étudiants partout en France s’emballent en se disant qu’il est éventuellement possible d’attaquer les oraux en justice s’ils n’ont pas eu un bon classement et que leurs espoirs de faire médecine ne sont pas vains. Des irrégularités comme celles qu’ont subi les étudiants parisiens, il y en a eu d’autres. Sauf que dans leurs cas, la faculté a été condamnée pour des irrégularités du jury et non sur l’épreuve orale en elle-même. Leur cas ne pourra donc pas faire jurisprudence. 

Deux tiers des candidats de Parcoursup ont demandé à intégrer une Pass à la rentrée prochaine, ce qui représente 663.000 vœux au total. Vous demandez depuis 2020 une augmentation des capacités d’accueil dans les facultés de médecine. De combien exactement ? 

On part avec un handicap, car l’an dernier, 4.000 places supplémentaires auraient dû être ouvertes et cela n’a pas été le cas, ils se sont arrêtés à 1.000. La suppression du numerus clausus vantée par le Président est une hypocrisie. C’est un mensonge ânonné par Emmanuel Macron, par Olivier Véran et par Frédérique Vidal. Ils disent qu’ils ont ouvert un nombre exponentiel de places, mais vous voyez bien que c’est faux. Sur médecine, la réforme prévoit normalement l’ouverture de 10.000 places par an, réparties sur toutes les facultés de France. Étant donné qu’on fonctionne désormais avec des objectifs nationaux pluriannuels, qui définissent pour cinq ans le nombre de futurs médecins à former en fonction des besoins spécifiques en santé des territoires, on parle maintenant de pourcentage minimum et maximum d’étudiants admis en deuxième année. Pour nous, il faudrait augmenter de 5 % la capacité maximale annuelle, à laquelle il faut rajouter les 3.000 places exceptionnelles manquantes de l’an dernier, promises par l’ancienne ministre. En plus, avec tous les abandons, on est vraiment à des années-lumières du but affiché de cette réforme, à savoir augmenter sur 10 ans le nombre de futurs praticiens formés. Cette réforme est aussi ratée sur ce plan. L’histoire le veut pourtant : il faut plus de médecins. 

* Parcours Accès Santé Spécifique

**Licence avec option « Accès Santé » 

***Plateforme de voeux et d’orientation de l’enseignement supérieur

Sources:
Egora

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