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La réforme du deuxième cycle des études médicales sera-t-elle aussi douloureuse que celle de la PACES ?

Alors que cette refonte du deuxième cycle se met en place dans toutes les facultés de France, l’inquiétude des externes monte sur les réseaux sociaux depuis la rentrée. « La réforme du 2e cycle de médecine est une catastrophe : référentiels pas à jour, favorisation du bachotage, facultés et enseignants largués, étudiants perdus et déprimés, on demande aux étudiants de prendre des décisions la veille pour le lendemain. C’est du n’importe quoi », tacle « Et ça se dit Médecin », ancien interne en médecine générale, aux 36 000 abonnés sur Twitter.

En fin de semaine dernière, la grogne a même gagné les externes au-delà des réseaux sociaux. Des étudiants en médecine angevins se sont mobilisés pour réaffirmer leur inquiétude quant à la mise en place de cette réforme. Soutenus par leurs représentants locaux – Association des étudiants en médecine d’Angers, élus UFR Santé – des dizaines de futurs médecins ont arboré des nez rouges de clown pour dénoncer une « réforme mal préparée, bâclée ». « Les médecins de demain refusent de voir leur formation et leur santé mentale sacrifiée par des ambitions présidentielles », martèlent les élus locaux, qui souhaitent que le ministère se saisisse pleinement de la question.

Des supports de révision caducs ?

Alors que l’Association nationale des étudiants en médecine de France (ANEMF) s’inquiétait déjà début octobre du retard pris sur la publication des textes réglementaires, le flou règne encore sur la mise en application de la réforme. Contacté ce lundi par « Le Quotidien », Nicolas Lunel, président de l’ANEMF, précise « que les arrêtés manquants, qui cadrent notamment les examens, devraient être publiés fin novembre, début décembre ».

Toutefois, deux mois après le début de la rentrée, certains éléments du programme manquent toujours à l’appel. Alors que la réforme prévoit une réduction de 30 % des connaissances théoriques à acquérir, les supports d’enseignement devaient être totalement refondus en ce sens. Une mise à jour qui doit intégrer une nouvelle hiérarchie dans les connaissances à acquérir – du rang A à C. Le rang A constitue les savoirs indispensables à tout médecin ; les connaissances de rang C n’étant plus opposables pour passer en troisième cycle.

« Les supports de cardiologie ont six mois de retard, ceux de dermato sont annoncés pour janvier 2022 ! », se désole Gabriel, étudiant en 4e année de médecine à l’Université de Paris, qui fait partie de l’une des premières promos d’externes à bénéficier de cette réforme. À Paris, « nos enseignants font le maximum pour s’adapter, mais sans support ils doivent parfois supposer ce qui sera classé comme du rang C ou pas », témoigne-t-il.

Faute de support de révision, certains carabins doivent se contenter des référentiels de l’ancienne formule, en partie caducs. « Malheureusement, tous les collègues de spécialité n’ont pas joué le jeu », explique Nicolas Lunel.

Matching impossible ?

Autre pomme de discorde : la méthodologie qui sera utilisée pour définir les choix de spécialités des internes. Cette réforme signe la fin du classement unique des 9 000 futurs internes pour le remplacer par un système de « matching » (appariement) dès 2024. En pratique, il était prévu jusque-là d’établir 44 classements séparés – un pour chaque spécialité de l’internat – en fonction des notes pondérées obtenues aux différentes épreuves. Par exemple, une question de cardiologie aura un coefficient plus fort si l’étudiant postule en cardiologie. Sauf que, dans les faits, ces 44 classements apparaissent très difficiles à réaliser…

« Cela fait trois ans que nous demandons à l’État d’interroger un statisticien sur la faisabilité du classement des 44 spécialités », déplore Nicolas Lunel. Ce n’est qu’en octobre dernier qu’un spécialiste a été interrogé par le ministère. « Et il a conclu que certaines spécialités ne pourraient pas être classées selon ce modèle car trop déconnectées des autres, ce qui donnerait des résultats trop hétérogènes », précise le président de l’ANEMF. C’est le cas, par exemple, de la chirurgie orale.

Groupes de spécialités

Après cette analyse, une réflexion a été mise en place par les représentants d’étudiants, d’enseignants et les ministères. Objectif : regrouper les 44 DES par groupes de spécialités pour permettre un futur classement. Deux possibilités ont été testées (par sondage) auprès des étudiants. Premièrement : ranger les spécialités « par organe », et compiler par exemple néphrologie et urologie, ou rhumatologie et chirurgie orthopédique. Seconde option : établir des classements de spés « par compétences », en créant un groupe autour de la santé de la mère et de l’enfant, un autre avec les DES de chirurgie, etc. « L’ANEMF nous a demandé notre avis, mais nous n’avions que 24 heures pour répondre, se souvient Gabriel. C’est trop peu pour décider de notre avenir. La méthodologie du matching aurait dû être claire depuis le début ».

À la suite du sondage express, un choix a été arrêté le 19 novembre, en attente de validation ministérielle. « D’ici à la fin de la semaine nous pourrons communiquer sur ces grands groupes de spécialités », avance Nicolas Lunel.

La mise en place de cette procédure d’affectation est prévue pour 2024. Les étudiants qui passeront les dernières ECN en 2023 essuieront les plâtres des nouveaux programmes… mais conserveront la procédure d’affectation initiale à savoir, pour la dernière fois, le classement unique.

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